Pluies hivernales abondantes : un rempart contre un été à risque ?
- Fire Chaser 13

- 25 févr.
- 3 min de lecture

Depuis ces derniers mois, les précipitations sont régulières et parfois marquées dans le département des Bouches-du-Rhône. Une question revient souvent : cet excédent de pluie peut-il réellement nous protéger d’une saison à haut risque d’incendies ?
La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît.
Un hiver bien arrosé dans le département
La station de Marignane - station d référence du département des Bouches-du-Rhône - a enregistré près de 240 mm (239,3 mm pour être exact) de précipitations depuis le début du mois de décembre. Ce chiffre est de 290 mm à Istres, dans un contexte durablement perturbé.
Ce cumul est supérieur aux normales saisonnières. En moyenne, l’hiver représente respectivement 32,9 % du cumul annuel à Marignane et 33,2 % à Istres. Or, au 25 février, l’hiver 2025-2026 représente déjà 44,96 % du cumul annuel moyen à Marignane et même 50,62 % à Istres, 50% à Trets, 48,7% à Aubagne, 40,8% à Salon-de-Provence, en seulement trois mois. Il a permis une bonne ré-humectation des sols, une végétation hivernale dynamique parfois très en avance, ainsi qu’un recul temporaire du stress hydrique de surface.
À court et moyen terme, cela réduit nettement le risque hivernal et printanier, mais pour la période estivale, la situation dépend d’autres facteurs.
Sécheresse de surface vs sécheresse profonde : deux phénomènes différents
La sécheresse de surface concerne les premiers centimètres à quelques dizaines de centimètres du sol. Elle peut apparaître rapidement après une période sans pluie, sous l’effet d’un mistral persistant ou de fortes chaleurs précoces. Elle entraîne un assèchement rapide de la végétation, rend les combustibles fins très inflammables et provoque une hausse du risque d’incendie. Même après un hiver humide, elle peut s’installer en un laps de temps relativement court si le printemps et le début de saison chaude sont secs.
C’est ce type de configuration qui a pu être observé au début de l’été 2025. La sécheresse profonde, elle, concerne les réserves en eau du sous-sol et les nappes phréatiques. Elle met du temps à s’installer car elle dépend des pluies hivernales infiltrantes, de la recharge des nappes et de cycles hydrologiques longs. Ses conséquences sont durables, avec des rivières à bas niveau, un stress hydrique structurel et des impacts sur l’agriculture ainsi que sur l’alimentation en eau potable.
Contrairement à la sécheresse de surface, elle ne bascule pas rapidement.
Situation particulière des Bouches-du-Rhône
Le département possède peu de nappes phréatiques majeures comparé à d’autres régions françaises. L’alimentation en eau repose largement sur les apports extérieurs comme la Durance et le Verdon, sur des nappes locales souvent limitées, ainsi que sur une géologie calcaire et karstique qui draine rapidement l’eau. Cette configuration implique que le territoire est relativement peu exposé aux sécheresses profondes durables, car il ne dépend pas uniquement de vastes nappes sensibles aux cycles longs.
Le climat méditerranéen permet généralement une recharge hivernale régulière, même après des périodes sèches.
Ces pluies nous protègent-elles pour l’été ?
Oui, mais seulement partiellement. Les pluies hivernales rechargent temporairement les sols, retardent l’assèchement printanier et limitent le risque précoce. Toutefois, elles ne garantissent pas une saison sans danger. La sécheresse de surface peut revenir vite, un printemps sec combiné au mistral peut rendre la végétation très inflammable, et une biomasse abondante après un hiver humide peut devenir un combustible important.
En climat méditerranéen, le niveau de risque d’incendie dépend moins du cumul des précipitations hivernales que des conditions de la fin du printemps et du début de l’été.
Conclusion
L’hiver très arrosé observé cette année constitue une bonne nouvelle et offre un répit hydrique réel. Néanmoins, dans les Bouches-du-Rhône, le risque dépend principalement de la sécheresse de surface, capable de s’installer rapidement malgré des nappes globalement préservées. Particularité du climat méditerranéen : rien n’est figé et ce sont les semaines précédant l’été qui déterminent réellement le niveau de danger. La vigilance et la préparation ne doivent donc jamais se relâcher en hiver et au printemps, malgré une météo humide qui n’incite pas à penser à la saison chaude. Garder cette réalité à l’esprit est essentiel pour aborder l’été dans une dynamique d’anticipation et de préparation, notamment par l’entretien régulier des espaces exposés et par le développement d’une véritable culture du risque.





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